États-Unis : pourquoi certains pays africains refusent un accord bilatéral d’aide sanitaire

Plusieurs pays africains ont conclu des accords bilatéraux avec Washington dans le cadre de la stratégie sanitaire internationale portée par l’administration Trump, souvent appelée « America First ». Présentée par les autorités américaines comme un moyen d’empêcher l’entrée sur leur territoire d’épidémies et d’améliorer la résilience sanitaire d’autres nations, cette politique a toutefois rencontré des réticences chez certains États du continent.

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Santé: pourquoi certains pays africains refusent de signer un accord bilatéral d’aide avec les États-Unis
<span>Une infirmière dans le couloir d'un service médical d'un hôpital local à Harare, le 26 avril 2022.</span> <span>AFP - JEKESAI NJIKIZANA</span>
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SOMMAIRE

Ces ententes interviennent après une réorganisation et une réduction importante de certains programmes de santé financés par les États‑Unis. Pour accéder à de nouveaux financements, les pays bénéficiaires sont désormais souvent invités à signer des contrats bilatéraux assortis de conditions négociées directement avec Washington.

Sur le terrain africain, une vingtaine d’États ont accepté des accords étalés sur cinq ans, touchant des enveloppes financières conséquentes. Parmi les dossiers récents figurent des signatures impliquant le Burkina Faso, le Niger et la République démocratique du Congo, selon les annonces officielles.

Selon les promoteurs américains, l’idée est de diminuer progressivement la dépendance aux aides extérieures : les États partenaires s’engageraient à cofinancer des programmes ciblés — notamment la lutte contre le paludisme, la prise en charge du VIH et la réduction de la mortalité maternelle et infantile — afin d’assurer une plus grande autonomie sanitaire à moyen terme.

Des inquiétudes sur le mode d’intervention et la transparence

Face à la raréfaction des financements internationaux, plusieurs gouvernements africains ont accepté ces propositions, mais l’absence de clarté sur certains points suscite des critiques. Des organisations de la société civile et des acteurs du secteur de la santé pointent un manque de concertation et d’évaluations publiques comparables aux mécanismes précédents.

Asia Russell, directrice de l’association Health Gap, regrette que ces nouveaux accords s’éloignent des pratiques antérieures, comme celles du plan PEPFAR, qui reposaient selon elle sur des protocoles basés sur les données scientifiques, des échanges transparents avec les gouvernements et l’implication des personnes vivant avec le VIH pour orienter les investissements.

Pour ces observateurs, transformer la coopération sanitaire en instrument de négociation politique ou économique — avec des contreparties potentielles dans des secteurs comme l’exploitation minière — risque d’affaiblir l’efficacité des programmes et de laisser des populations sans accès à des traitements ou à des mesures de prévention adaptées.

Les modalités financières et les clauses des accords varient d’un pays à l’autre, et la gestion des informations sanitaires partagées avec les partenaires américains soulève des questions de souveraineté et de sécurité des données. C’est notamment ce manque de garanties qui a conduit Harare à décliner une proposition qualifiée par son gouvernement de contraire à ses intérêts.

La Zambie, pour sa part, réclame une renégociation de certaines dispositions, tandis que le Kenya a vu l’entrée en vigueur de son accord provisoirement suspendue par la justice, chargée de vérifier la conformité du texte avec le droit national.

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