Tanzanie : contestation de la nomination par l’UA de Jakaya Kikwete
Le principal parti d’opposition tanzanien, Chadema, a officiellement demandé à l’Union africaine de revenir sur la nomination de l’ancien président Jakaya Kikwete comme Haut représentant pour la Corne de l’Afrique et la mer Rouge, une décision annoncée il y a une semaine. Le mouvement juge que le choix porte atteinte à la crédibilité démocratique attendue d’un responsable nommé par l’organisation continentale.

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Dans une lettre de deux pages adressée aux instances de l’UA, Chadema fait part de ses vives inquiétudes. Le texte accuse l’ancien chef d’État d’avoir entravé l’avancement du processus constitutionnel en Tanzanie et de conserver des liens étroits avec la présidence en exercice — un point souligné par John Kitoka, responsable des Affaires étrangères et de la diaspora pour Chadema.
Selon Kitoka, cette proximité avec la présidente Samia Suluhu Hassan pose un problème éthique : Kikwete, affirme-t-il, ne se serait jamais publiquement élevé contre les graves atteintes aux droits humains enregistrées dans le pays, notamment les événements meurtriers du 29 octobre et des jours qui ont suivi.
Ce rappel intervient dans un contexte politique tendu : trois mois après des manifestations violemment réprimées, le gouvernement a mis en place une commission chargée d’examiner les causes de ces affrontements. Les contestations avaient fait suite aux élections d’octobre 2025, marquées par la victoire de Samia Suluhu Hassan à près de 98 % des voix, un scrutin jugé irrégulier par une partie de la population et suivi d’une répression incluant des tirs à balles réelles et des gaz lacrymogènes.
Réclamations de Chadema et impact sur la scène nationale
Chadema n’a pour l’heure reçu aucune réponse de l’Union africaine et attend un retour formel. Le parti estime que la désignation d’un représentant aussi lié aux autorités tanzaniennes est incompatible avec les principes que promeut l’UA et menace la perception d’impartialité de l’institution sur les dossiers régionaux.
Au-delà de la contestation de la nomination, cette démarche s’inscrit dans la stratégie du parti pour continuer à peser politiquement en Tanzanie : Chadema a été privé de participation à l’élection présidentielle de 2025 et demeure le principal mouvement d’opposition de grande envergure du pays.
Par ailleurs, la situation judiciaire de l’opposition ajoute une dimension sensible au débat. En avril 2026 cela fera un an que le leader du parti, Tundu Lissu, est détenu, accusé de trahison — une inculpation passible de la peine de mort en vertu du code pénal tanzanien —, ce qui alimente les inquiétudes sur l’état du pluralisme politique dans le pays.



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