Sénégal et Maroc : regain de tensions depuis l’attribution du titre de la CAN au Maroc
La décision de la Confédération africaine de football (CAF) d’attribuer le titre de la Coupe d’Afrique des nations au Maroc, après le retrait du trophée au Sénégal, a déclenché une crispation diplomatique et sociale entre Dakar et Rabat, marquée par des appels au boycott, la détention de supporters sénégalais au Maroc et un recours du Sénégal devant le Tribunal arbitral du sport (TAS).

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Dans le quartier de la rue Mohamed V, où se concentrent de nombreux commerces tenus par des Marocains à Dakar, des véhicules de police sont visibles en permanence depuis l’annonce de la décision de la CAF, selon un riverain interrogé par l’AFP, qui précise toutefois l’absence d’incident majeur pour l’instant.
Le 17 mars, le jury d’appel de la CAF a retiré le titre obtenu mi-janvier par le Sénégal, estimant que l’équipe sénégalaise avait quitté temporairement la pelouse après l’attribution d’un penalty en faveur du Maroc. Le lendemain, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a posé le trophée derrière lui dans son bureau, geste largement relayé.
Le Sénégal a formalisé un recours devant le Tribunal administratif du sport (TAS) et, parallèlement, des voix sur les réseaux sociaux ont lancé des appels au boycott des produits marocains. Dakar a aussi demandé le 18 mars l’ouverture d’une enquête internationale pour « soupçons de corruption » au sein des instances de la CAF.
Tensions autour des supporters et des relations bilatérales
Parmi les éléments de crispation figurent 18 supporters sénégalais condamnés le 19 février au Maroc à des peines allant de trois mois à un an de prison pour « hooliganisme », après des tentatives d’envahir le terrain consécutives à un penalty accordé au Maroc et à l’annulation d’un but sénégalais.
Le procès en appel de ces détenus a été reporté à nouveau au 13 avril. À Dakar, des dizaines de manifestants ont réclamé fin février leur remise en liberté, qualifiant ces supporters « d’otages » du Maroc.
Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a critiqué la condamnation des supporters, estimant que l’affaire dépasse le cadre du sport et déplorant la détérioration des relations entre deux pays se disant amis.
Malgré ces tensions, des responsables et observateurs rappellent l’intensité des liens historiques entre les deux États. Dans un texte, le directeur des affaires religieuses du Sénégal, Djim Ousmane Dramé, a souligné la spécificité des relations sénégalo-marocaines, fondées aussi sur des affinités populaires et religieuses, remarque appuyée par Bakary Sambe du Timbuktu Institute qui insiste sur le rôle des liens religieux.
La ville de Fès est fréquemment citée comme une destination importante pour des fidèles tidianistes sénégalais, en particulier en raison du mausolée de Cheikh Ahmed Tidiane.
Selon des déclarations rapportées, le gouvernement marocain n’a pas souhaité commenter la décision du jury d’appel de la CAF, privilégiant jusqu’ici une posture de non-intervention publique, remarque l’ancien athlète et cadre sportif Aziz Daouda.
Sur le plan économique, le Premier ministre marocain Aziz Akhannouch évoquait fin janvier des investissements marocains au Sénégal évalués à plus de 540 millions de dollars. Des entreprises marocaines sont actives dans plusieurs secteurs : agroalimentaire, pharmacie, énergie, BTP, mines, banques et assurances.
Les échanges incluent également des flux étudiants et un alignement diplomatique sur certaines questions internationales, notamment le dossier du Sahara occidental. Les chiffres officiels indiquent que les Sénégalais représentent la première nationalité étrangère résidente au Maroc (18,4 %).
Aziz Daouda a fait état d’efforts pour apaiser les échanges et dénoncé la circulation de « fake news » et d’insultes de part et d’autre. L’ancien chef de la diplomatie sénégalaise Cheikh Tidiane Gadio a, début février, affirmé que cent minutes de football ne sauraient effacer des siècles de relations historiques entre les deux pays



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