Niger : Malgré un boom pétrolier, le pays demeure en zone de très haut risque

Deux jours après l’attaque qui a visé l’aéroport de Niamey, Moody’s Investors Service a publié, le 30 janvier, les conclusions de son examen périodique sur la solvabilité du Niger : sans changement immédiat de notation, l’agence maintient un diagnostic de vulnérabilité marqué par l’insécurité, des tensions politiques persistantes et des contraintes budgétaires importantes.

ECONOMIE
132 vues
Entre boom pétrolier et instabilité, le Niger reste en zone de très haut risque
Entre boom pétrolier et instabilité, le Niger reste en zone de très haut risque
3 min de lecture
Google News Commenter

SOMMAIRE

Moody’s conserve pour le Niger une note de long terme Caa3, l’une des plus faibles de son échelle, traduisant un risque élevé de défaut. L’agence rattache cette appréciation à la combinaison d’un environnement sécuritaire dégradé, d’une capacité de remboursement limitée et des conséquences du défaut enregistré en 2023 après les sanctions de la CEDEAO et le coup d’État militaire.

Malgré ce tableau, l’agence note une dynamique économique soutenue liée au démarrage des exportations pétrolières : la croissance aurait dépassé 10 % en 2024 et devrait se situer autour de 6,6 % en 2025 selon les estimations retenues par Moody’s. Les recettes issues du pétrole ont aussi contribué à réduire le déficit du compte courant, estimé à 3,4 % du PIB en 2025 contre environ 6 % l’année précédente.

Pressions budgétaires, liquidité tendue et risque politique

Sur le plan des finances publiques, Moody’s relève que l’amélioration liée aux hydrocarbures reste fragile. Les recettes de l’État représentent seulement 11 à 12 % du PIB, bien en deçà de la norme de 20 % observée dans l’UEMOA. Parallèlement, les charges de l’administration et les dépenses liées à la sécurité et au social augmentent, et l’agence anticipe un déficit public proche de 3 % du PIB, une marge qu’elle juge insuffisante pour absorber de nouveaux chocs.

Le service de notation attire l’attention sur la détérioration de la trésorerie publique. Privé de financements directs de nombreux partenaires bilatéraux depuis la crise politique, le Niger s’est appuyé sur des emprunts régionaux à court terme, souvent coûteux. Les arriérés de paiement se sont établis à environ 1,1 % du PIB début 2025, signe de tensions croissantes sur la liquidité et de dépendance accrue aux crédits de court terme.

Le risque politique demeure élevé aux yeux de Moody’s. La transition vers un pouvoir civil a été repoussée à 2030, décision qui pèse sur le retour attendu des bailleurs internationaux. À cela s’ajoutent des frictions régionales, notamment la fermeture prolongée de la frontière avec le Bénin et des différends dans les secteurs pétrolier et minier susceptible de freiner l’investissement étranger.

Moody’s note enfin que, si le Niger a quitté la CEDEAO en 2024, il devrait rester membre de l’UEMOA, ce qui lui confère toujours la stabilité monétaire du franc CFA et un soutien potentiel en réserves de change. L’agence précise que la note pourrait s’améliorer si les recettes pétrolières étaient affectées à des investissements productifs, si l’exploitation de l’uranium retrouvait un fonctionnement normal et si l’État recouvrait un accès étendu à des financements à coût raisonnable

À NE PAS MANQUER

Commentaires

FIL D'ACTU
07:09 Jacques Villeret : pourquoi il ne portait pas le nom Boufroura