Tanzanie : deux rapports présidentiels confirment la volonté de déplacer les Massaï du Ngorongoro
Deux rapports rendus publics récemment par des commissions présidentielles tanzaniennes, créées fin 2024 à l’initiative de la présidente Samia Suluhu Hassan, confirment l’intention des autorités de déplacer la population massaï hors du périmètre du Ngorongoro. Les responsables avancent que ce repositionnement est nécessaire pour protéger l’écosystème de ce site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco et célèbre pour sa richesse animale.

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Lors d’une présentation retransmise en direct sur YouTube, Gérald Ndika, qui préside l’une des commissions chargées d’examiner la question, a résumé les conclusions scientifiques retenues : si rien n’est fait, la présence humaine accrue menace de précipiter la disparition de certaines espèces — parmi elles les gnous, diverses antilopes et les girafes — dès l’année suivante, selon les estimations rapportées par les experts consultés.
Les auteurs des deux études mettent en avant les conflits entre activités humaines et faune sauvage comme facteur central des difficultés observées. L’un des documents se penche spécifiquement sur l’utilisation des terres à l’intérieur de la zone de conservation du Ngorongoro, au nord-est du pays ; l’autre analyse la politique de réinstallation des Massaï engagée depuis 2021.
Le pouvoir tanzanien soutient que l’augmentation démographique de la communauté massaï, conjuguée à la croissance de leurs cheptels, fragilise les habitats protégés. Sur cette base, les rapports préconisent de poursuivre les départs présentés comme volontaires vers d’autres régions du territoire.
Tourisme et enjeux économiques
Ces recommandations ont suscité l’ire d’organisations de défense des droits humains et de représentants massaï. Pour Joseph Oleshangay, avocat et militant issu de cette communauté, le conflit au Ngorongoro n’est pas d’abord une affaire de coexistence entre pastoralisme et vie sauvage : il y voit plutôt une manœuvre destinée à libérer des terres pour des projets touristiques et cynégétiques.
Fin janvier, la ministre des Ressources naturelles et du Tourisme annonçait un projet visant à presque doubler la capacité d’accueil touristique dans la zone de conservation. Selon Oleshangay, cette orientation profite à des intérêts privés — exploitants touristiques ou acteurs de la chasse commerciale — qui chercheraient à transformer des parcelles en infrastructures hôtelières ou autres installations lucratives. Il dénonce en outre des freins institutionnels : selon lui, la communauté trouve peu de voies de recours face à une décision qu’elle juge imposée et à un paysage politique où médias et oppositions ne permettraient pas un débat libre.



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