Bénin: Pascal Todjinou s’inquiète de l’étendue des pouvoirs du nouveau Sénat

Installé le 30 juillet à Porto-Novo, le Sénat béninois continue de susciter des interrogations sur son rôle et l’étendue de ses prérogatives. Invité de l’émission « Grand Angle » de Crystal News, l’ancien responsable syndical Pascal Todjinou s’est particulièrement intéressé aux pouvoirs de sanction de la nouvelle chambre et à leurs possibles conséquences sur l’action syndicale.

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Le Sénat béninois n’a pas encore fini de faire débat. Quelques semaines après son installation officielle, les interrogations portent désormais moins sur l’existence de cette nouvelle institution que sur l’étendue exacte de ses pouvoirs.
Invité dimanche 30 août 2026 de l’émission « Grand Angle » de Crystal News, Pascal Todjinou a livré une lecture critique du règlement intérieur de la chambre haute.

L’ancien secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs du Bénin (CGTB) dit avoir découvert un texte particulièrement dense, composé de 103 articles, dont certaines dispositions mériteraient, selon lui, d’être davantage expliquées au public.

De l’opposition au Sénat à la question de ses pouvoirs

Pascal Todjinou rappelle qu’il n’était pas, à l’origine, favorable à la création du Sénat. Il dit toutefois avoir évolué dans son appréciation et reconnaît désormais à l’institution une utilité, notamment au regard de sa mission constitutionnelle de régulation de la vie politique.

Mais cette reconnaissance s’arrête là où commencent, selon lui, les pouvoirs qu’il juge particulièrement importants accordés aux sénateurs. L’ancien syndicaliste estime notamment que le Sénat dispose désormais d’un pouvoir de sanction qui mérite une attention particulière. Il évoque la possibilité pour l’institution de « punir » et de « déchoir » certains acteurs politiques, avec des exceptions concernant notamment le président de la République, le président de l’Assemblée nationale et le président du Conseil économique et social.

« Vous voyez la puissance-là ! La Cour constitutionnelle n’avait pas ça », a-t-il lancé au cours de l’émission.

Cette comparaison l’amène à poser une question plus large, celle de savoir quelle place reste-t-il à la Cour constitutionnelle dans ce nouvel équilibre institutionnel ?
« Quelle est l’utilité de la Cour constitutionnelle ? »
C’est probablement l’interrogation la plus forte de son intervention.

« Je me demande aujourd’hui, l’utilité de la Cour constitutionnelle avec l’avènement du Sénat », a déclaré Pascal Todjinou.

La question mérite d’être replacée dans le fonctionnement du nouveau dispositif institutionnel. Le Sénat n’a pas été conçu comme une simple chambre législative supplémentaire. La Constitution révisée lui confère notamment une mission de régulation de la vie politique et de sauvegarde de plusieurs intérêts fondamentaux de la République.

Le débat porte donc désormais sur l’articulation entre ces nouvelles prérogatives et celles des institutions qui existaient déjà.
Pour Pascal Todjinou, cette articulation devient particulièrement sensible lorsque les pouvoirs du Sénat peuvent toucher aux acteurs politiques ou à l’exercice de certaines libertés publiques.

Le syndicalisme, autre sujet d’inquiétude

L’ancien dirigeant syndical élargit ensuite sa critique à une question qui lui tient manifestement à cœur : le rapport entre les pouvoirs du Sénat et les organisations syndicales. Pour lui, le mouvement syndical ne saurait être assimilé à une activité politique partisane.

Le syndicalisme, rappelle-t-il, participe au pluralisme démocratique en permettant aux travailleurs d’exprimer leurs revendications et de signaler les dysfonctionnements dans les relations professionnelles.

« L’action syndicale […] participe de la démocratie, participe du pluriel en matière d’opinion », a-t-il expliqué.

C’est précisément pourquoi il juge préoccupante toute disposition qui pourrait placer l’activité syndicale dans un même ensemble que l’activité politique.

« Lorsqu’on dit qu’on a assimilé aussi les activités syndicales aux activités politiques, on ne peut que conclure que c’est la confusion totale », estime-t-il.

Un débat désormais institutionnel

La sortie de Pascal Todjinou intervient alors que le Sénat entre progressivement dans sa phase opérationnelle. Les 25 premiers sénateurs ont été officiellement installés le 30 juillet 2026 à Porto-Novo. Le règlement intérieur a ensuite été adopté et soumis au contrôle de conformité de la Cour constitutionnelle avant l’entrée en fonction effective de l’institution.

Son intervention contribue ainsi à déplacer le débat. La question n’est plus seulement de savoir pourquoi le Bénin s’est doté d’un Sénat, mais aussi de comprendre jusqu’où cette institution peut aller dans l’exercice de ses nouvelles prérogatives.

Une interrogation qui risque de rester au centre des discussions publiques dans les prochains mois, alors que le nouveau bicamérisme béninois commence à prendre forme.

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