Un bloc Mali‑Niger‑Burkina Faso peut‑il redessiner le Sahel?

À Bamako, au cœur d’un Sahel en recomposition, les dirigeants militaires du Mali, du Niger et du Burkina Faso ont transformé une rencontre diplomatique en vitrine de capacités — une banque d’investissement régionale, une chaîne de télévision commune et une force armée conjointe — destinées à réduire la dépendance aux partenaires occidentaux et à répondre à la progression des groupes armés. Les annonces, faites lors du sommet confédéral de l’Alliance des États du Sahel (AES), interviennent dans un climat de tensions économiques et sécuritaires marqué par des coupures d’approvisionnement et des barrages imposés autour de la capitale.

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Notre arrivée à l’aéroport de Bamako, fin décembre, a été encadrée par des interlocuteurs liés aux autorités : accueil poli mais vigilant, circuits contrôlés et déplacements rapides en ville. La vie urbaine continue de se déployer entre files devant les stations-service et marchés animés, tandis que la sécurité reste un élément omniprésent — checkpoints, patrouilles et, selon le pouvoir, opérations militaires visant à contenir des menaces qui se rapprochent.

La genèse de l’AES trouve son origine dans les bouleversements politiques de ces dernières années : coups d’État successifs au Mali, au Burkina Faso et au Niger, retrait des forces françaises et rupture avec plusieurs organisations internationales. Ces ruptures se sont traduites, à la rentrée 2023, par la création d’un cadre institutionnel alternatif, présenté par ses promoteurs comme une réponse souveraine aux défis régionaux.

Instruments d’un nouveau régime régional

Sur le plan économique, l’inauguration d’une « Banque d’investissement et de développement du Sahel » vise à financer routes, énergie et projets d’extraction sans recourir aux prêteurs occidentaux. Sur le plan médiatique, la chaîne inaugurée à Bamako se veut un vecteur de récit commun, chargé de contrer ce que les autorités nomment une « désinformation étrangère ». Le matériel technique, acheté à l’étranger et installé par des sociétés étrangères, souligne la tension entre volonté d’autonomie et dépendances pratiques.

Militairement, l’un des résultats emblématiques du sommet est la création d’un bataillon commun destiné à opérer au-delà des frontières nationales contre les groupes armés, accompagnée d’un pacte de défense mutuelle et de mesures opérationnelles visant à coordonner interventions et information. Ces initiatives s’inscrivent dans un contexte où des groupes liés à Al-Qaïda, notamment Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), ont étendu leur rayonnement, multipliant attaques et contrôles locaux et pesant sur les flux commerciaux et logistiques.

Sur le terrain politique intérieur, les autorités ont accentué les mesures de consolidation du pouvoir : pression sur les médias indépendants, répression des voix critiques et utilisation d’un discours panafricaniste relayé massivement sur les réseaux sociaux. Des opérations de communication à destination des jeunes — animations publiques, distribution d’objets promotionnels et mises en scène de la camaraderie entre dirigeants — témoignent d’un effort pour légitimer l’alliance auprès de nouvelles générations.

Les effets pratiques de ces choix sont visibles : files nocturnes devant les stations-service alors qu’un blocus limite l’arrivée de carburant, checkpoints sur les axes d’approvisionnement et une économie de proximité qui s’adapte aux ruptures de chaîne. Des responsables interrogés reconnaissent des difficultés pour mobiliser des financements externes classiques, tandis que de nouveaux partenariats sécuritaires et économiques se nouent avec des acteurs non occidentaux.

Sur les scènes publiques, des discours virulents redéfinissent l’adversaire : non plus seulement des groupes armés transnationaux, mais des Etats et institutions considérés comme complices d’un ordre néocolonial. Dans les rues, la musique populaire — et la disparition récente d’Amadou, membre du duo Amadou et Mariam — continue de rythmer les journées à Bamako. Amadou est décédé cette année

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13:42 Burkina Faso promet des opérations de l’AES contre les groupes armés au Sahel
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