Tchad : « KÖD », le nouvel opus d’Afrotronix
Caleb Rimtobaye, connu sous le nom d’Afrotronix, présente KÖD, son nouvel album composé de 27 morceaux. L’artiste tchadien affirme qu’avec ce projet il inscrit les rythmes, mélodies et voix du patrimoine africain dans une esthétique contemporaine. Afrotronix était l’invité de la rédaction de RFI et a répondu aux questions d’Olivier Rogez.

Sur la couverture et dans ses propos, il explique que le mot Köd, issu du saran parlé dans le sud du Tchad, renvoie au tam-tam, instrument qu’il considère comme un premier outil de codage ; il évoque ce terme pour rappeler l’origine humaine des formes d’intelligence aujourd’hui portées par les machines.
Le musicien détaille sa méthode : il a intégré aux logiciels de production des « algorithmes africains » et a réalisé un travail de sound design à partir d’instruments traditionnels dont certains n’existent plus. Il précise que la base rythmique de ses compositions est d’emblée africaine, et non une électro issue de la house enrichie d’éléments exogènes. Sa démarche vise à faire « penser » la machine selon des codes et des langues africaines.
Pour nourrir ses outils, il dit s’être rendu au Tchad pour collecter de nombreux samples et récupérer d’anciennes cassettes auprès de la radio nationale, puis avoir constitué une base de données issue de ces archives. Afrotronix affirme vouloir transformer ces patrimoines sonores en ressources vivantes, utilisables dans les conversations sociales, politiques et culturelles contemporaines, et plaide contre un mimétisme systématique envers des modèles occidentaux.
Sur l’emploi de l’intelligence artificielle, il indique qu’il choisit les données que la machine apprend et qu’il s’abstient de « prompter » sa musique, estimant que l’utilisation de prompts ferait perdre l’essence de son travail, qui n’a pas vocation commerciale mais porte un message.
Parmi les pistes de KÖD figure Himini, où figure un chant toubou qu’il qualifie de « rebelle ». Il relate l’avoir découvert lors d’un trajet vers Fada, en écoutant des chansons jouées par des chauffeurs de la région, qui lui ont expliqué la nature de ces chants de bravoure conçus pour inciter à ne pas reculer.
Interrogé sur l’accueil de son travail à N’Djamena, il déplore un manque d’attention des autorités à la préservation du patrimoine musical. Il décrit sa démarche comme un combat et adresse aux dirigeants le propos suivant : défendre un pays sans préserver sa culture pose question. Il assure que le public répond favorablement à son travail et soutient qu’il rassemble davantage de personnes que les leaders politiques au Tchad, invitant ces derniers à investir dans la culture.

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