RDC : l’Angola propose un cessez-le-feu au 18 février, le M23 rejette une initiative jugée prématurée

L’Angola tente une nouvelle médiation pour enrayer l’escalade militaire dans l’est de la République démocratique du Congo. Le 11 février 2026, la présidence angolaise a annoncé une proposition de cessez-le-feu entre le gouvernement de Kinshasa et le groupe armé M23, avec une entrée en vigueur prévue le 18 février à midi. Cette initiative vise à freiner la spirale des combats qui ravagent les provinces du Nord et du Sud-Kivu depuis fin 2021, dans un contexte marqué par la prise de Goma en janvier 2025 puis de Bukavu en février 2025 par les rebelles.

SéCURITé
495 vues
RDC: l'Angola propose un cessez-le-feu à compter du 18 février
RDC: l'Angola propose un cessez-le-feu à compter du 18 février
4 min de lecture
Google News Commenter

SOMMAIRE

La démarche angolaise s’inscrit dans une dynamique diplomatique régionale relancée à Luanda le 10 février. Autour du président João Lourenço étaient réunis son homologue congolais Félix Tshisekedi, Faure Gnassingbé en qualité de médiateur de l’Union africaine, ainsi que l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, facilitateur mandaté par l’UA. L’objectif affiché est de redonner un souffle au dialogue intercongolais et d’articuler les processus de Nairobi et de Luanda, tout en recherchant un arrêt immédiat des hostilités.

Le cessez-le-feu proposé reste toutefois conditionné à une déclaration publique d’acceptation des deux parties. À ce stade, aucune adhésion formelle n’a été annoncée. Kinshasa a pris acte de l’initiative tout en réaffirmant son attachement au processus de Nairobi et à la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies. La porte-parole de la présidence congolaise, Tina Salama, a indiqué que le gouvernement attendait de voir les modalités concrètes de mise en œuvre, sans confirmer une acceptation immédiate.

Le M23 est qualifié de groupe terroriste soutenu par le Rwanda, et les autorités congolaises refusent de lui accorder une reconnaissance politique par un dialogue bilatéral direct. Kinshasa privilégie un cadre régional plus large, englobant l’ensemble des groupes armés actifs dans l’est du pays, afin d’éviter toute légitimation susceptible d’affaiblir l’autorité de l’État.

Un contexte militaire tendu

De son côté, le M23, également désigné sous l’appellation AFC-M23, a rejeté la proposition angolaise le 12 février. Le mouvement juge l’initiative prématurée et affirme ne pas avoir été consulté sur la fixation de la date du 18 février. Les responsables rebelles soutiennent qu’ils observent déjà un cessez-le-feu issu des accords de Doha et accusent les Forces armées de la RDC (FARDC) de violations répétées. Ils conditionnent toute nouvelle pause militaire à des garanties sur le désengagement des forces gouvernementales et à l’ouverture d’un dialogue politique plus inclusif intégrant leurs revendications.

Ce refus maintient une forte incertitude sur la viabilité de la médiation angolaise. Sur le terrain, les affrontements se poursuivent dans plusieurs zones du Nord et du Sud-Kivu, malgré les efforts diplomatiques en cours. La Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) a entamé des préparatifs en vue d’un éventuel mécanisme de suivi, avec une visite annoncée à Goma le 12 février, mais toute supervision dépendra d’un accord formel entre les belligérants.

Au cœur des tensions figure la question du rôle du Rwanda. Kinshasa accuse Kigali de soutenir activement le M23 par un appui militaire, logistique et opérationnel. Plusieurs rapports d’experts des Nations unies font état de la présence de milliers de soldats rwandais aux côtés du groupe rebelle, notamment lors des offensives ayant conduit à la chute de Goma et de Bukavu. La Cour de justice de la Communauté d’Afrique de l’Est a, par ailleurs, ouvert une procédure visant le Rwanda pour atteinte présumée à la souveraineté congolaise.

Le gouvernement rwandais rejette ces accusations et invoque une nécessité de sécurité nationale face aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), groupe armé hutu basé en RDC et considéré par Kigali comme une menace persistante héritée du génocide de 1994. Officiellement, le Rwanda affirme agir pour neutraliser ces milices et protéger les populations tutsies congolaises. Toutefois, des analystes soulignent également des motivations économiques et géopolitiques, notamment l’intérêt stratégique des zones minières de l’est congolais, riches en coltan et autres minerais critiques, ainsi que des rivalités d’influence régionales.

La conjonction de ces facteurs sécuritaires, politiques et économiques rend la résolution du conflit particulièrement complexe. La médiation angolaise constitue une tentative supplémentaire de contenir l’escalade, mais son succès dépendra de concessions réciproques encore incertaines. À l’approche du 18 février, l’est de la RDC demeure suspendu à une décision politique majeure, dans une région où chaque cessez-le-feu avorté a souvent précédé une nouvelle phase d’intensification des combats.

À NE PAS MANQUER

Commentaires

FIL D'ACTU
22:47 France : pour Emmanuel Macron, il n’y a pas d’urgence à engager le dialogue avec Poutine