Mali et Burkina Faso restreignent l’entrée aux ressortissants américains
Mali et Burkina Faso ont annoncé l’interdiction d’entrée sur leur territoire des citoyens américains, des mesures prises en représailles après que les États‑Unis ont inscrit ces deux pays sur une liste de pays dont les ressortissants se voient refuser l’entrée. Les décisions, annoncées comme immédiatement applicables, interviennent dans le contexte d’une extension récente par Washington de son dispositif de restrictions de voyage, qui concerne désormais près de quarante nationalités.

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Les gouvernements malien et burkinabé ont indiqué avoir adopté des mesures symétriques après l’annonce américaine, qualifiant l’action de réponse diplomatique proportionnée. À Bamako, plusieurs habitants interrogés ont salué ces mesures comme une affirmation de souveraineté : un chauffeur, Daba Soumano, a déclaré que le Mali exigeait le respect mutuel entre États, et un ancien militaire, souhaitant rester anonyme, a exprimé le refus de céder face aux pressions extérieures. L’ingénieur électricien Diakaridja Sidibé a décrit la riposte comme une démarche patriotique destinée à défendre la dignité nationale.
Les annonces s’inscrivent dans une série de décisions prises récemment par l’administration américaine qui a élargi son « no‑entry list » pour inclure plusieurs pays supplémentaires, parmi lesquels la Syrie, les titulaires de passeports de l’Autorité palestinienne, le Niger, la Sierra Leone et le Soudan du Sud. La Maison‑Blanche a justifié ces mesures en invoquant la nécessité d’empêcher l’entrée de personnes considérées comme susceptibles de menacer la sécurité des États‑Unis.
Contexte régional et répercussions diplomatiques
Les mesures prennent place dans un paysage régional déjà tendu. Mali et Burkina Faso sont membres d’une confédération sahélienne créée en 2023, à laquelle appartient également le Niger. Les dirigeants de ces pays ont, ces dernières années, affiché une volonté affichée de souveraineté renforcée : retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), distance prise vis‑à‑vis de la France et rapprochements politiques avec la Russie, tout en gardant des relations généralement cordiales avec les États‑Unis. Selon une agence de presse nigérienne citant une source diplomatique, niamey aurait décidé de mesures de rétorsion similaires, sans communiqué officiel au moment des premières annonces.
Par ailleurs, des décisions antérieures du gouvernement américain ont visé d’autres États africains. Lors d’une annonce datée du 17 décembre, l’administration a imposé des restrictions partielles visant notamment le Nigeria, la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Les autorités américaines ont indiqué qu’elles permettraient toutefois l’entrée des athlètes qualifiés pour la prochaine Coupe du Monde de football organisée conjointement par les États‑Unis, le Canada et le Mexique, sans garantir le même statut aux supporters originaires de pays inscrits sur la liste noire.
Enfin, depuis son retour à la présidence en janvier, l’administration américaine a élargi ses pratiques en matière d’immigration, en multipliant les expulsions vers des pays tiers — parfois vers des pays sans lien clair avec les personnes concernées — dans le cadre d’une politique de fermeté sur les flux migratoires. En octobre, déjà, Ouagadougou avait publiquement refusé la prise en charge de personnes expulsées par les États‑Unis, une proposition qualifiée « d’indécente » par le ministre burkinabé des Affaires étrangères, Karamoko Jean‑Marie Traoré.
Les décisions prises par Bamako et Ouagadougou ont été mises en œuvre immédiatement et les autorités ont indiqué les modalités pratiques de leur application, notamment la suspension des admissions consulaires et des visas pour les ressortissants américains, tandis que les administrations concernées établissent les listes et procédures administratives nécessaires pour l’exécution des mesures

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