Accusations de déstabilisation au Niger: Cotonou choisit l’apaisement plutôt que l’escalade
Mis en cause dans le récit du capitaine Roger Gabriel sur les événements des 28 et 29 août à Niamey, le Bénin n’a pas choisi la riposte.
Face à la presse ce vendredi 4 septembre, le gouvernement béninois a rejeté implicitement les accusations tout en réaffirmant son opposition à toute déstabilisation du Niger. Une réponse mesurée, alors que Cotonou et Niamey avaient commencé à tourner la page de leur longue brouille.
En effet, après les déclarations du capitaine Roger Gabriel, diffusées le 1er septembre sur la télévision nationale nigérienne, Cotonou préfère refermer la parenthèse plutôt que d’ouvrir une nouvelle bataille verbale avec Niamey.
Face aux journalistes vendredi, le ministre porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a surtout rappelé la position officielle du Bénin: le pays n’a aucune intention de contribuer à une déstabilisation du Niger et souhaite voir les relations entre les deux voisins poursuivre leur chemin vers la normalisation.
Le capitaine Roger Gabriel avait évoqué des informations faisant état de soutiens extérieurs aux acteurs impliqués dans les événements survenus à la base aérienne 101 de Niamey. Dans son récit, le Bénin figurait aux côtés de la Côte d’Ivoire, du Tchad et de la France parmi les pays cités.
Mais aucun élément permettant de vérifier indépendamment ces affirmations n’a été apporté dans son témoignage. C’est précisément sur ce terrain que le gouvernement béninois semble vouloir éviter de s’engager.
« Je voudrais vous prier gentiment que nous puissions consacrer ce temps à des choses plus utiles », a déclaré Wilfried Houngbédji, préférant renvoyer l’attention vers les priorités de développement du Bénin.
Une réponse qui ne vaut pas reconnaissance des faits allégués. Au contraire, Cotonou réaffirme sa ligne sans entrer dans une surenchère avec les autorités nigériennes.
Une mise au point sur la position du Bénin
Sur le fond, le gouvernement béninois ne laisse toutefois aucune ambiguïté sur sa position.
« Pour les mêmes raisons qui ont fait qu’hier nous avons été contre la déstabilisation du Niger, pour ces mêmes raisons, nous sommes contre la déstabilisation du Niger aujourd’hui et nous le serons demain », a affirmé le porte-parole.
Cotonou présente cette position comme une conséquence des liens historiques et humains entre les deux peuples. « Ce sont nos frères, ce sont nos parents », a rappelé Houngbédji, soulignant la proximité des populations vivant de part et d’autre des deux pays.
Quelques semaines après son arrivée au pouvoir, Romuald Wadagni s’était rendu à Niamey pour rencontrer le général Abdourahamane Tiani. Les deux dirigeants avaient alors affiché leur volonté de renforcer les relations bilatérales et de travailler à la levée des obstacles à la réouverture de la frontière entre les deux pays.
Cette évolution avait été favorablement accueillie dans plusieurs milieux nigériens. Des commerçants et acteurs de la société civile avaient notamment exprimé l’espoir que cette visite ouvre une nouvelle page dans les relations entre les deux voisins.
Un comité d’experts avait même été mis en place pour examiner les conditions de réouverture de la frontière Bénin-Niger, longtemps restée fermée côté nigérien.
Les accusations apparues à la suite des événements d’août interviennent donc à un moment particulièrement sensible.
Il est donc à espérer que ces nouvelles accusations ne viennent remettre en cause les démarches saluées du président Romuald Wadagni.

Comments