[Analyse Géopolitique] Crise au Mali: pourquoi l’armée a pris le pouvoir ?

Confronté à la montée en puissance des groupes terroristes, le Mali, comme ses voisins, subit en plein fouet la rupture du verrou sahélien par l’intervention de l’OTAN en Libye en 2011. Le Pays a connu 3 coups-d’Etat en espace de 9 ans. Cette instabilité chronique a fini par convaincre l’armée, ultime rempart, de prendre le pouvoir.

L’histoire a montré que les démocraties libérales africaines ont du mal à résister à des effets collatéraux induits par une crise. Le Mali est presque devenu le maillon faible de la bande sahélienne, alors que la plupart de ses voisins à l’exemple du Niger commencent à montrer des signes de résilience face aux GAT. Malgré un important dispositif mis en place par la force Barkhane et la MINUSMA, l’instabilité et les exactions des GAT peinent à être complètement éradiquées.

L’effectif théorique de l’armée malienne est de 17000 hommes dont 3000 sont opérationnels, à comparer avec les 5000 du G5 Sahel et des 5400 de la force Barkhane. Un contingent faible par rapport aux multitudes groupes djihadistes qui se disputent le terrain.

Construire un Mali « fort »

Face à cette impasse qui se prolonge, l’armée sous la houlette du Colonel Assimi GoÏta, un homme de terrain aguerrie, a ainsi décidé de prendre les rênes du pays, après l’échec du duo Bah Ndaw-Ouane. Le basculement vers un régime militaire « dur » vise plusieurs objectifs. La reconstruction de l’armée malienne reste une priorité stratégique de premier plan. En effet, Les soldats maliens mal payés, mal équipés subissent des attaques meurtrières des groupes terroristes. Ce qui porte un coup dur au moral des troupes.

« En effet, le problème de soldes impayés et le fait que jamais l’armée malienne n’a été aussi mobilisée au front. Il y a plusieurs promesses qui, en 2012, ont été faites aux soldats pour qu’ils retournent dans les casernes, au niveau des conditions de vie, notamment et qui reste à réaliser… De plus en plus, on a misé sur quelques corps d’élite pour défendre le Nord. Donc, évidemment, certaines personnes sont plus favorisées que d’autres, montent plus rapidement. Cela crée des frustrations » (Marc-André Boisvert, RFI).

Les multiples massacres perpétrés à l’encontre des FAMa, dont la plus meurtrière est celui du camp d’Indelimane, en novembre 2019 dans l’indifférence totale des autorités de Bamako à l’époque, avaient fini par convaincre qu’un pouvoir civil ne peut être efficace face aux nébuleux groupuscules.

La construction d’un Etat fort n’est pas en reste. L’instabilité chronique, la corruption et la mal gouvernance sous IBK ont été des facteurs qui ont permis au terrorisme de prospérer dans le nord. Les GAT utilisaient souvent le terme « les corrompus de Bamako » pour alimenter leur discours de haine et leur propagande pour convaincre les couches vulnérables.

La mise en place d’un régime militaire inclusif, qui rassemblera toutes les forces vives de la nation, s’impose comme un rempart contre la marginalisation des populations du nord. La récente visite d’ex rebelles du CMT s’inscrit dans cette dynamique. Il s’agit pour l’armée malienne de s’inspirer du modèle tchadien et algérien caractérisé par un Etat fort épaulé par une armée forte dotée d’une capacité de résilience face aux crises.

Diversifier les partenaires

Déployée en 2012 pour faire face à l’avancée des groupes terroristes, l’armée française reste un soutien de taille de l’armée malienne. L’opération Serval avait permis de neutraliser les capacités logistiques des GAT. Tirant profit de la réussite talibane face à l’armée américaine en Afghanistan, les groupes terroristes djihadistes ont fusionné leur force pour élargir leur marge de manœuvre sur le terrain. Le déploiement massif des contingents français, européens « Takuba » et onusiens doublé par des moyens logistiques supérieurs, les groupes terroristes ont opté calquer leur stratégie sur une guerre asymétrique.

Cette dernière consiste à harceler l’ennemi avec des attentats, des mines et des IED (Engin explosif improvisé) avec des moyens mobiles pour le déstabiliser, de le pousser vers une « panne stratégique » et d’avoir l’ascendant psychologique sur l’adversaire. Cette stratégie semble fonctionner avec les multitudes attaques qui secouent le nord et le centre du Mali.

Quelques 5 000 militaires sont déployés dans une zone vaste comme l’Europe. La force de paix onusienne Minusma n’a pas, quant à elle, un mandat fort qui lui permette d’agir contre les djihadistes. Elle comprend plus de 15 000 hommes (militaires et policiers) avec un coût annuel de plus d’un milliard de dollars. Pire, le soutien des forces étrangères que ce soit Barkhane ou la MINUSMA, ne semble rien changer à l’affaire. Entrainement, dotation en matériel et formation plus poussée, l’armée malienne demeure impuissante.

Les échecs répétitifs des différents partenaires notamment ont fini par convaincre les putschistes de se tourner vers Moscou. En effet, l’intervention Russe en Syrie en 2015 à la surprise des occidentaux avaient permis de renverser le rapport de force au profit du régime de Damas dont les jours étaient comptés. Plus encore, l’appui des combattants et instructeurs militaires russes en Centrafrique a été décisif. Elle a permis non seulement aux forces armées centrafricaines de reconquérir une bonne partie du pays qui échappaient au contrôle de Bangui, mais aussi de recevoir des tonnes de matériels militaires y compris des blindés de transport de troupe et 5000 kalachnikovs.

Dans ce cadre, la stratégie « attentiste » de la France est surclassée par le « pragmatisme » russe. Ces réussites sont utilisées comme des arguments par les franges pro-russes souvent incarnées par des groupes panafricanistes anti-français pour mettre la pression sur les nouveaux dirigeants maliens.

Cependant, la suspension des opérations conjointes de l’armée française avec les FAMa par le président Macron n’est rien d’autre que des pressions non seulement pour le respect du calendrier de la transition mais pour garder le Mali dans le giron français. Par ailleurs la suspension du Mali des instances de la francophonie et du FMI sont faites sous fortes pressions françaises. En effet, dans l’imaginaire des stratèges français, le Mali est le maillon faible de l’empire colonial français de l’Afrique de l’ouest qu’il faudra coute que coute préserver des influences de puissances rivales notamment russe pour contenir les menaces qui peuvent à l’avenir impacter les autres alliés dans la région comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire.

Le Colonel Assimi Goïta osera-t- il tourner le dos définitivement à la France ? Où va le Mali ? Le calendrier de la transition sera- t- il respecté ? Autant de questions sans réponse

El. Hajj Faye

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